Realiser : la spectacularisation : mensonge à tous les étages

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Realiser : la spectacularisation : mensonge à tous les étages

Il est de ces concepts qui peuvent paraître si évident que même le système médiatique peut les reprendre à son compte, les édulcorant au possible et finalement les assimilant, comme il assimile toute tentative de rébellion à son égard. Dans ce cas là, il en est surtout qui peuvent nous paraître alors si facilement compréhensibles, alors que conditionnés à leur incompréhension, plongés dans un paradigme contraire, il nous est indispensable de nous plonger dans le réel pour retrouver le sens vrai de ce qui devient des symboles manipulables par tous. De ce cas, le plus visible - dans tous les sens du terme - est la spectacularisation du monde, cette déréalisation du réel, ce mensonge institutionnalisé qui a fait dire à Guy Debord que dorénavant "Le vrai est un moment du faux". Le dire ainsi paraît évident, nous allons voir, que c'est encore bien plus évident...

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La société capitaliste moderne repose en partie sur le primat de l'esprit du commerce. Nous avons déjà vu en quoi le commerce est une violence institutionnalisée, le négoce étant un constant rapport de force entre la volonté d'abus de l'acheteur ou du vendeur : il n'y a rien à négocier quand le prix juste est rationnellement défini et n'est pas discutable. Mais remarquons particulièrement que naît ici ce besoin de tromper l'autre, la violence ici ne pouvant s'exprimer autrement, le "doux-commerce" a remplacé les rapports de force par la coercition mensongère, par l'acceptation, précurseur de la cybernétique. Ainsi tout "échange" commercial, en plus d'un échange de biens et de valeurs, se double d'un échange de mystifications quand aux biens ou services de part et d'autre : dans le système de consommation actuelle, vendre c'est mentir pour soutirer, acheter c'est tomber dans le panneau, sciemment ou non, volontairement ou forcé par le système marchand totalitaire ou encore croyant que l'on a soi-même mystifier le vendeur.

Ce concept poussé à son extrême se concrétise dans la publicité, qui même quand elle n'était encore que de la réclame n'avait pas l'objectivité à laquelle elle devait prétendre si tant est qu'elle devait vanter les mérites réels de ce qu'elle devait promouvoir : si un produit est réellement supérieur aux autres, ceux-ci sont promus sans publicité. Qui plus est, étant juge et partie, les entreprises ne sont pas à même de juger équitablement du mérite de leur produit, leur raison d'être principale, si ce n'est unique, étant de vendre leur marchandise et non pas de fournir des biens ou de services de qualité - ce qui irait à l'encontre de leur profit et ce qui a été maintenant théorisé, appliqué (et bien entendu dissimulé !) sous le nom d'obsolescence programmé.

L'autre face du capitalisme, au revers de la consommation, le productivisme, étant par sa forme - la séparation du capital et du travail - le fondement même de l'économie capitaliste, représente le conditionnement majeur de nos sociétés occidentales modernes : le mensonge selon lequel il est juste qu'une partie de la population vive du travail des autres et que ceux-là doivent leur être dévoués comme esclave, sous le nom de salariés, et que la partie détenant les moyens de production doive déterminer la politique de production, dans ce cas, une politique de "croissance" infinie au détriment de tout bon sens.

En ce qui concerne le capitalisme stricto sensu, dans le sens d'accaparement des moyens de production par une partie de la population, les mystifications ne sont pas des plus représentatives, l'oligarchie n'ayant plus besoin de justifier cet acquis à une population qui presque majoritairement est conditionnée à accepter cet état de fait. Mais il est bon de rappeler que ce n'est qu'un choix politique biaisé que de permettre aux détenteurs de capitaux de pouvoir accaparer la propriété de moyens de production pour leur seul profit au détriment de l'intérêt de la communauté, le fait seul d'accaparer les moyens de production réduit ceux ayant subis ce vol (directement ou par leur naissance dans le prolétariat) à ne plus être maître d'eux-même, ayant perdu la première liberté de subvenir à leur besoin.

Cette hiérarchisation, pour ne pas dire cette césure complète dans la population, étant intériorisée, il faut tout de même pouvoir l'exploiter au mieux face à l'effort du travail, le système moderne suivant le paradigme du "doux commerce", préfère les méthodes de conditionnement "positif" à celles plus contraignantes du passé. Cette exploitation du travail passe par le concept moderne de management, comme moyen de travestissement de la vérité de la lutte des classes entre la direction d'une entreprise et les salariés, qui sont une ressource comme les autres, remplaçable, exploitable, alors que c'est elle seule la force vive de l'entreprise, qui peut se passer d'une direction dédiée à la seule direction de l'entreprise, ainsi que de tous les postes attenants, mais ne peut se passer des forces de production. Ces forces de production que le management a pour but d'amadouer, actuellement encore par des méthodes relativement positives - bien que la fameuse "crise" économique soit un ressort de coercition majeur quant à la perte éventuelle de son travail -, pour les contraindre à faire plus avec moins, le profit passant avant tout. Que ce soit moins de salaire, des conditions de travail qui reculent... Et que ce soit par une violence symbolique constante, alors que le manager n'a foncièrement aucune utilité face aux capacités d'auto-gestion de travailleurs, que ce soit par des promesses, des tentatives de fondre la capacité d'analyse des travailleurs dans l'esprit d'entreprise ou bien encore des mensonges purs et simples.

Cette constante manipulation est le corollaire de celle plus large que le monde politique a installée sous le nom de démocratie, sensée être le gouvernement du peuple par le peuple, mais qui n'est que la main mise d'une caste prétendument représentative, qui détient le pouvoir et les moyens sur les outils devant déterminer cette représentativité. Cette oligarchie politique détient toute l'infrastructure de l'Etat et feint de proposer une alternance, un choix, aux électeurs, alors que sur les sujets fondamentaux, la Gauche et la Droite se fondent dans l'intérêt du libéralisme. Une étape supplémentaire a été franchie dans la dictature soft du libéralisme avec l'avènement des officines de pouvoir "européennes", ne s'embarrassant même plus du masque de la représentativité et, "grâce" à l'abandon de souveraineté des sous-parties "nationales" de l'oligarchie, ayant la primauté sur ces classes politiques "nationales" qui elles feignent encore le jeu de la représentativité pour faire plus facilement passer la pilule d'une technocratie européiste.

Cette caste politique, faisant sienne la maxime selon laquelle "gouverner c'est prévoir", se fonde sur le ressort principal de conditionner et d'orienter les masses, pour faciliter l'imposition de leurs choix politiques, qu'ils ont eux même baptisés du fallacieux nom de Progrès, car si il y a un progrès, ce n'est qu'un progrès capitaliste pour assouvir les individus à l'oligarchie. Cette caste se prévaut de représenter le peuple, d'avoir voulu renverser les systèmes précédents et leur absolutisme et de rendre le pouvoir au peuple alors que son seul but est de le domestiquer. Et dans ce sens l'oligarchie a de nombreux outils, dont le plus "intellectuel", forme de nouveau clergé remplaçant et diffusant d'une meilleure manière que les sectes politiques comme la franc-maçonnerie, est l'ensemble des structures des sciences sociales. Ensemble semblant se développer dans le diversité de points de vue : sous couvert du symbole usurpé de la liberté et dans le domaine de l'intelligence et de la "créativité", il est difficile de prétendre, du moins en façade à autre chose qu'à cette diversité, surtout que cela est d'autant plus efficace si les dessous de la promotion de tel ou tel concept sont suffisamment bien dissimulés. Cet outil est séparé des médias par l'intérêt qu'il revêt d'intellectualiser et de séparer les concepts de libération du peuple lui-même. Alors qu'à l'inverse, les médias ont pour but de bombarder le peuple des stimulis du conditionnement déterminé par l'oligarchie, celui du libéralisme, avec une face économique, capitaliste, et une face pour la vie en société, progressiste. Ce conditionnement commence par la désinformation généralisée singeant le travail journalistique que distille les services d'information des médias mainstream : l'ensemble de l'information est traitée par le prisme de la visions "républicaine", c'est à dire productiviste, progressiste et capitaliste, toute autre expression est vilipendée, déformée ou passée sous silence. Cette méthode de désinformation qui ne sert que les intérêts de l'oligarchie, est partagée par toute la chaîne des chevilles ouvrières, par aveuglement idéologique et/ou par intérêt, couple infernal doublant en pratique toute la diffusion des mensonges de l'oligarchie. Nous en sommes même arrivé à une période de négligence voulue ou non, pour laquelle les services d'information de l'oligarchie arrive même à pathétiquement dévoiler par leur nullité les ficelles de leurs retouches, mensonges et créations d'information. Mais noyés dans le flot d'informations, dans la masse des stimulis, ces mensonges dévoilés, ces vérités n'accaparent au mieux qu'un instant les esprits et sont relégués au même niveau que les autres mensonges, personne ne pouvant faire la différence dans la masse traitée des désinformations entre la "vraie" vérité - c'est un comble de dire cela...- et celle des médias. Alors que nous ne parlons ici que du contenu informatif en tant que tel, qui a aujourd'hui - autant pour les masses décérébrées, que pour le système médiatico-culturel et sa volonté d'overdose de stimuli, d'obnubilation - qu'un caractère tout à fait secondaire dans la création par l'image et le son d'un monde virtuel déréalisant le monde réel, où le storytelling est devenu roi, l'art n'est qu'un vecteur de l'idéologie marchande qui imprègne la très grand majorité des individus, l'art soit sciemment inaccessible, soit comme pris en main par l'industrie du consentement culturel, médiatique, économique et politique...

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Ce tour d'horizon, sans être complet, tente de révéler que tous les domaines de la vie moderne sont touchés par le spectacularisation, que le mensonge et la manipulation sont omniprésents, là où on les attend et là où on ne pense même plus les trouver. Ainsi le premier combat pour pouvoir avancer sur le chemin de la lutte est bien de désciller son esprit, de le décoloniser. Après et seulement après les lignes de faille du système apparaîtront et l'efficacité pourra être au rendez-vous.

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